L’Albatros II : un vieux gréement pour prendre le pouls du plancton en baie de Granville


L'Albatros II photographié de l'Annie le 19/06/2026
Dernière MAJ le 23/06/2026

Samedi 23 mai, j’ai eu la chance d’embarquer à bord de l’Albatros II, lors d’une sortie de trois heures organisée par l’AVGG – Association des Vieux Gréements Granvillais, dont je suis adhérent. Cette navigation avait lieu sous la conduite de notre jeune capitaine expérimenté Julien Valognes, autour du Roc de Granville, dans le sillage de la célèbre bisquine La Granvillaise.

Caractéristiques de l'Albatros II (source : https://www.lagranvillaise.org/l-albatros-2/)

Longueur de coque : 5.88 m
Largeur : 2.3 m
Tirant d’eau : 1.27 m
Jauge : 3,08 tx
Voilure 35 m² (+ bonnette 9 m²)


Juste avant le départ, préparation de la trinquette, quai D, port de plaisance de Granville

Pour beaucoup d’entre nous, l’Albatros II est avant tout un merveilleux outil pédagogique. À son bord, les adhérents découvrent simplement les manœuvres d’un vieux gréement : hisser une voile, régler une écoute, comprendre l’effet du vent, apprendre les gestes marins. C’est une école vivante de transmission du patrimoine maritime. Mais à mes yeux, ce petit bateau pourrait aussi devenir autre chose : un véritable observatoire flottant du plancton et de la santé de la mer dans la baie de Granville.


Julien notre capitaine, et à gauche, Jean-Louis un adhérent de l'AVGG


Dans le sillage et le viseur de la Bisquine la Granvillaise G90...

L’Albatros II possède d’ailleurs une belle histoire. Ce petit maquereautier à tableau typique de la région a été construit en 1948 au chantier Craipeau de Saint-Malo. Acquis par l’AVGG dans les années 1980, il a été restauré et navigue aujourd’hui comme cotre aurique*, permettant aux adhérents de découvrir les qualités marines des petits bateaux traditionnels de notre littoral. (lagranvillaise.org)

*Le cotre (de l'anglais : cutter) est un voilier à un mât gréé en voile aurique à plusieurs focs, rapide et maniable, généralement équipé d'une grand-voile à corne, d'un flèche et de deux focs : le foc sensu stricto et la trinquette.
*aurique : voile de forme quadrangulaire non symétrique.

Avec cette idée en tête (d'observatoire flottant), je n’avais évidemment pas oublié d’emporter mon filet à plancton.

Après avoir suivi la Bisquine pendant un long moment, avant de pique-niquer, je demande à Julien si la faible vitesse (environ 3 noeuds) pouvait me permettre de plonger mon filet à plancton pour un prélèvement.
Une manœuvre devenue presque naturelle pour le planktonaute amateur que je suis devenu...

(Je n'oublie pas la mésaventure que j'ai vécue à bord de la Bisquine en direction de Chausey. A une vitesse de 6 noeuds je décidais d'effectuer un prélèvement avec mon nouveau filet à traîner à mailles 80 µm. La vitesse du voilier et surtout une mauvaises attache m'a arraché le filet. Alexandre a gentiment proposé de tenter de le récupérer avec le Zodiac. Tentative qui s'est révélée infructueuse...). Je n'était pas très fier de mon idée...). On apprend de ses erreurs... Surtout que Colomban de Plankton Planet m'avait déjà mis en garde. A de telles vitesses il existe des filets à plancton spéciaux.)


Prélèvement de plancton à l'aide d'un filet à mailles 180 µm

...Mais au moment de remonter le filet, une sensation inhabituelle m’a immédiatement surpris : le filet semblait beaucoup plus lourd qu’à l’ordinaire.
En observant les mailles, j’ai découvert une matière gélatineuse qui les imprégnait presque entièrement. L’eau s’écoulait mal ; l’entrée du collecteur semblait colmatée. Un phénomène que j’avais déjà rencontré récemment, notamment lors du festival Festi Récré (voir l'article précédent sur ce blog), ce qui avait d'ailleurs un peu gâché la présentation du plancton au microscope aux enfants 😕...

J'ai immédiatement transféré le contenu du collecteur dans une bouteille pour observer au microscope au retour de la balade nautique.

De retour à terre, j’ai filtré avec difficulté un peu du contenu de la bouteille : la présence de nombreux flocons gélatineux colmattaient le filtre, ce qui gênait beaucoup la récupération du plancton avec la pipette pour l’observer au microscope.

Une fois la goutte placée sur une lame de verre à concavité, le verdict est tombé rapidement : une présence importante de Phaeocystis globosa.


Colonies à Phaeocystis globosa (environ x100)


Colonie à Phaeocystis globosa (environ x400)

📹 Une courte vidéo de 20 secondes permet davantage de rendre compte des vésicules que constituent les colonies de Phaeocystis.


Colonies de Phaetocystis et un copépode nageant parmi elles (envron x100)


Copie d'écran de la vidéo précédente montrant un copépode nageant parmi les colonies de Phaeocystis
L’eau paraissait pourtant moins jaune qu’au moment de Festi Récré, ce qui pouvait laisser penser à une diminution du phénomène. Mais le microscope raconte parfois une autre histoire. Même lorsque les indices visuels deviennent plus discrets, les observations révèlent encore une abondance importante de ces colonies gélatineuses.

⚠️ Cette expérience me conforte dans une conviction : nous avons besoin d’une surveillance locale et régulière du plancton.

Le plancton est bien davantage qu’une curiosité microscopique. Il constitue un indicateur extrêmement sensible de l’état de la mer. Variations de température, apports nutritifs, pollutions diffuses ou déséquilibres écologiques laissent souvent leurs premières traces dans ce monde invisible.

En Bretagne, des initiatives comme Objectif Plancton ont montré toute la richesse des observations locales impliquant scientifiques, médiateurs et citoyens. Plankton Planet et son Association S4P2  mobilise aussi des navigateurs bénévoles pour prélever du plancton lors de leurs parcours en mer. En multipliant les prélèvements, les observations et les regards sur le terrain, chacun contribue à mieux comprendre les évolutions du milieu marin.

Et si demain l’Albatros II devenait lui aussi une sentinelle du vivant invisible dans la baie de Granville ?

Un petit vieux gréement, un filet, quelques flacons, un microscope, des humains soucieux de leur environnement… et peut-être une nouvelle façon de prendre le pouls de notre mer.


Le lendemain matin, dimanche 24 mai, je replonge un filet à plancton de maille 300 µm au bord de mer face au Plat Gousset à Granville.
Je prends des photos pour montrer son aspect lorsque je le soulève de l'eau, ainsi que le contenu du collecteur.


Filet à plancton de maille 300 µm à marée basse


Filet gluant et colmatage au niveau du collecteur lié à la présence de colonies de Phaeocystis

Contenu du collecteur




Représentation en 3D d'une colonie à Phaeocystis globosa (image générée par IA)

L'épisode à Phaeocystis n'est pas fini... 
A suivre...

Vendredi 29 mai : retour sur Granville

Je fais un tour sur la Plat Gousset et j'observe que la piscine se vide, sans doute pour des raisons de nettoyage. C'est l'occasion d'effectuer un prélèvement à la sortie de la piscine où le fort courant peu transporter du plancton...


Vidange de la piscine marine


Filet à maille 300 µm et prélèvement effectué


Zoom sur le contenu du collecteur


Température de l'air


Température de l'eau


Nombreux copépodes adultes (MO x40)


Micro-méduse (MO x40)

L'épisode à Phaeocystis semble bien fini. Il devait s'agir d'un bloom printanier. En effectuant des recherches sur les photos prises en 2025, j'ai pu constater le même phénomène début mai 2025, avec davantage de diatomées donnant une couleur jaune au prélèvement.


  Sensibiliser pour préserver...

On se lasse de tout, sauf d’apprendre...





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