Plancton sous les Voiles au Festival des Voiles de Travail 
Granville du 19 au 23 août 2026


Affiche "HMS Challenger" prochainement sous le chapiteau "Plancton sous les Voiles"

En savoir plus sur…le HMS Challenger (1872-1876)

Le voyage qui révéla l'immensité de l'océan vivant

« C'est au cours de cette expédition que l'océan est devenu un véritable laboratoire scientifique. »

Lorsque le HMS Challenger quitte Portsmouth le 21 décembre 1872, personne n'imagine encore que cette ancienne corvette de la Royal Navy va transformer notre connaissance des océans.


The route of HMS Challenger Expedition-1872 to 1876

Pendant près de quatre années, le navire parcourra plus de 125 000 kilomètres, traversant tous les grands océans de la planète. À son bord, environ 200 hommes, dont 23 scientifiques, réalisent la première expédition océanographique mondiale entièrement consacrée à la recherche scientifique.

Aujourd'hui encore, cette mission est souvent considérée comme l'acte de naissance de l'océanographie moderne.

À bord : des marins… mais aussi des scientifiques et des artistes

Le HMS Challenger embarque environ 220 officiers et membres d’équipage, commandés par le capitaine George Nares. Mais au cœur de cette équipe se trouve un petit groupe de scientifiques civils, dirigé par le naturaliste et zoologiste marin Charles Wyville Thomson.

À ses côtés travaillent plusieurs spécialistes : les naturalistes John Murray, Henry Nottidge Moseley et Rudolf von Willemoes-Suhm, chargés notamment de collecter, trier, conserver et étudier les organismes rapportés par les filets, les dragues et les chaluts ; le chimiste John Young Buchanan, qui s'intéresse notamment à la composition de l'eau de mer ; et John James Wild, artiste officiel de l'expédition.

John James Wild, les yeux et le crayon de l'expédition

À une époque où la photographie scientifique reste encore difficile à utiliser en mer, le rôle de John James Wild est essentiel. Naturaliste, dessinateur et illustrateur scientifique, il réalise des centaines de croquis et de planches représentant les paysages rencontrés, les hommes, le navire et surtout les organismes marins récoltés.

Dessin du HMS Challenger de John James Wild

Ses dessins permettent de conserver une trace précise de spécimens parfois fragiles ou impossibles à rapporter en parfait état. Il représente également les instruments scientifiques, les opérations de prélèvement et les observations réalisées à bord.

La science du Challenger s'écrit donc autant avec des instruments et des prélèvements qu'avec des crayons et des carnets de terrain.

Cette association entre marins, naturalistes, chimiste, assistants de laboratoire et illustrateur scientifique constitue l'une des grandes originalités de l'expédition. Elle préfigure les équipes pluridisciplinaires qui embarquent encore aujourd'hui à bord des grands navires océanographiques (par exemple la goélette Tara).

Oui. Je vous conseille un paragraphe assez évocateur, qui permette au visiteur d’imaginer l’animation du pont lorsque le filet remontait des profondeurs, tout en restant fidèle aux pratiques scientifiques de l’expédition. Les prélèvements de plancton étaient notamment examinés et préparés à bord, et certaines préparations microscopiques ont été conservées jusqu’à aujourd’hui.

Sur le pont, au rythme des récoltes

À bord du HMS Challenger, les journées étaient rythmées par les opérations de prélèvement. Lorsque le navire arrivait sur une station, les marins mettaient en œuvre les lourds appareils de collecte : sondes, dragues, chaluts et filets à plancton. Le filet était remorqué dans l’eau puis ramené à bord, parfois chargé d’une surprenante quantité de matière vivante. Dans son petit collecteur terminal s’accumulaient des organismes parfois presque invisibles à l’œil nu : diatomées, foraminifères, radiolaires, copépodes et larves de nombreux animaux marins. Sur le pont, les naturalistes récupéraient précautionneusement cette récolte, la triaient et la plaçaient dans des flacons ou la préparaient pour une observation ultérieure. Certaines préparations microscopiques de plancton furent même réalisées directement à bord et conservées sur des lames de verre.


Sur le pont du HMS Challenger

Une véritable « usine scientifique » sur le pont

Cette gravure d'époque nous plonge au cœur des opérations scientifiques du HMS Challenger. On y découvre un pont encombré de cordages, de poulies et de nombreux dispositifs de prélèvement. Les marins s'affairent autour des câbles tandis que les scientifiques et leurs assistants attendent, observent et manipulent les échantillons remontés des profondeurs.

Les longues lignes et les poulies visibles sur la gravure étaient indispensables pour mettre à l'eau puis remonter les lourds appareils scientifiques. Certaines opérations nécessitaient de déployer plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de mètres de câble. À bord, chaque remontée était donc une véritable opération collective : les marins assuraient la manœuvre et les scientifiques récupéraient et étudiaient les prélèvements.

On distingue notamment les appareils suspendus aux gréements, ainsi que différents équipements disposés sur le pont. Cette profusion de cordages donne une idée des difficultés techniques auxquelles l'équipage devait faire face : travailler avec des instruments lourds, depuis un navire en mouvement, parfois dans une mer agitée, tout en essayant de préserver les échantillons récoltés.

Le pont du Challenger était ainsi à la fois un espace de manœuvre maritime et un laboratoire scientifique à ciel ouvert. Chaque remontée de filet ou d'appareil pouvait apporter son lot de découvertes : organismes du plancton, animaux des grands fonds, sédiments ou encore échantillons d'eau. Pour les naturalistes, chaque récolte était une petite fenêtre ouverte sur un monde encore largement inconnu.

Le spectacle devait être étonnant : marins et scientifiques travaillant côte à côte, les uns manœuvrant les câbles et les filets, les autres attendant avec impatience ce que la mer allait leur révéler. Chaque remontée du filet était une petite exploration de l’invisible : une poignée d’eau de mer pouvait contenir des dizaines d'espèces différentes. Le pont du Challenger devenait ainsi un véritable laboratoire à ciel ouvert, où la récolte, l’observation et la conservation des échantillons se poursuivaient au rythme des escales et des stations océanographiques.

Le relevé du filet à plancton


Prélèvement du plancton sur le pont du HMS Challenger

Cette infographie met en scène la méthode de récolte et d'analyse du plancton lors de l'expédition scientifique du HMS Challenger (1872-1876), considérée comme l'acte fondateur de l'océanographie moderne.

1. La scène principale : La complémentarité marins-scientifiques


La partie supérieure illustre le travail à bord du pont du navire :

  • L'effort physique des marins : Deux matelots manipulent un grand filet à plancton suspendu à une poulie pour le vider au-dessus d'un baquet en bois. L'eau s'écoule à travers la toile fine de soie de bluterie pour concentrer les organismes.

  • Le travail du scientifique : Sur la droite, un chercheur (portant un haut-de-forme et tenant un carnet et une loupe) observe le processus. Sur la table du laboratoire de pont figurent des flacons de conservation, des pipettes et un microscope d'époque.

2. Analyse technique : Le matériel et le protocole


La section inférieure décompose scientifiquement le fonctionnement du tow-net (filet de traîne) :

  • Anatomie du filet (gauche) : Un anneau de fer forgé maintient l'ouverture large, relié à une poche conique faite en soie de bluterie (un textile à mailles très resserrées utilisé à l'origine pour meuler la farine). L'extrémité basale est ligaturée pour retenir l'échantillon.

  • Principe de traîne (centre) : Le schéma montre l'immersion du filet (de 0 à 100 mètres), remorqué par le voilier avançant à faible allure (2 à 3 nœuds) pendant 15 à 30 minutes. Les points A à E détaillent la gréement utilisé (bôme, ligne de traîne, filin de retenue).

  • Tri et conservation (droite) :

    • Le matériel récolté ("la soupe gélatineuse") est d'abord rincé dans un seau.
    • Il est trié à la main, à la pipette ou au pinceau sous la loupe dans une coupelle.
    • Les spécimens (radiolaires, foraminifères, larves...) sont stockés dans des bocaux fermés remplis d'alcool à 70° pour leur préservation à long terme.

3. Portée historique


  • Citation clé : La phrase attribuée au naturaliste John Murray en bas à gauche (« C'est dans ces gouttes d'eau que se cache peut-être la clé de la vie sur notre planète. ») rappelle l'importance capitale qu'a eue cette expédition pour faire découvrir au monde la richesse insoupçonnée du microbiote marin.

Un véritable laboratoire flottant

Le navire est entièrement réaménagé pour accueillir des laboratoires.

Le laboratoire des naturalistes sur le HMS Challenger (gravure d'époque, dessin de John James Wild)

Le laboratoire des naturalistes : la science au cœur du navire

Cette gravure emblématique illustre l'aménagement inédit du HMS Challenger : une ancienne corvette dont l'artillerie a été retirée pour faire place à de véritables laboratoires flottants.

Au cœur de la batterie, les scientifiques travaillent dans un espace étroit mais rationnellement agencé pour résister aux mouvements de la mer :

  • Un équipement de pointe : Les établis massifs accueillent des microscopes en laiton, des balances de précision, du matériel de chimie et des récipients de tri pour analyser immédiatement les prélèvements remontés des profondeurs.

  • L'optimisation de l'espace : Éclairé par un sabord et des lampes à huile suspendues, le laboratoire est bordé d'étagères sécurisées remplies de flacons de conservation (alcool, formol). Au plafond pendent même des spécimens d'oiseaux et de poissons naturalisés.

  • Une rigueur méthodique : On y voit l'équipe de chercheurs (zoologistes, chimistes, dessinateurs) trier, observer et immortaliser par le dessin des milliers d'organismes invisibles ou abyssaux.

C'est dans ce huis clos scientifique que sont nées les bases de l'océanographie moderne.


Le choc visuel : quand l'art révélait la géométrie de l'invisible


Au retour du HMS Challenger en 1876, les navires rapportèrent des milliers de flacons contenant les récoltes biologiques des profondeurs.

Le biologiste et artiste allemand Ernst Haeckel se vit confier l'étude d'une part immense de ces prélèvements microscopiques, en particulier les radiolaires, les méduses et les siphonophores. Travaillant pendant plus de dix ans à son microscope dans son laboratoire d'Iéna, Haeckel ne se contenta pas d'identifier et de nommer près de 4 000 espèces nouvelles : il en saisit l'architecture intime.  en combinant une précision scientifique absolue et un sens magistral de la composition et de la symétrie, il transforma ces organismes invisibles à l'œil nu en véritables chefs-d'œuvre lithographiques..  

Ernst Haeckel : l'union de l'art et de la science

Publiées dans les rapports officiels de l'expédition puis rassemblées dans son célèbre recueil Kunstformen der Natur (« Formes artistiques de la nature », 1899-1904), ses planches dévoilèrent au grand public la géométrie féerique des squelettes de silice du plancton.

En faisant converger l'art et la science, les dessins de Haeckel ont non seulement offert une vitrine spectaculaire aux découvertes du Challenger, mais ils ont aussi bouleversé la perception du monde vivant, devenant une source d'inspiration majeure pour le mouvement Art nouveau et inscrivant le plancton dans l'imaginaire collectif mondial.
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  Sensibiliser pour préserver...

On se lasse de tout, sauf d’apprendre...




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