Plancton sous les Voiles au Festival des Voiles de Travail
Granville du 19 au 23 août 2026
En savoir plus...À bord de la Comatule et du Tic-Tac : quand les voiliers de Saint-Vaast exploraient le monde invisible
Aujourd'hui, quand on pense à l'exploration océanique et à l'étude du plancton, on imagine d'immenses navires océanographiques truffés de capteurs numériques ou des voiliers modernes comme la goélette Tara. Pourtant, dès la fin du XIXᵉ siècle, c'est à bord de modestes canots en bois à voiles de misaine que des chercheurs passionnés ont posé les premières pierres de la biologie marine moderne dans le Cotentin.
Embarquement immédiat pour un voyage de près de 150 ans dans le sillage de ces scientifiques pionniers !
1881 : Le Muséum de Paris s'installe les pieds dans l'eau
À la fin du XIXᵉ siècle, le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) de Paris souhaite rapprocher ses chercheurs du milieu naturel. En 1881, le professeur Edmond Perrier fonde à Saint-Vaast-la-Hougue un premier Laboratoire maritime sur le quai, avant que celui-ci ne soit transféré quelques années plus tard sur l’île Tatihou.
L'objectif ? Étudier la faune et la flore de la Manche, comprendre le cycle de vie des espèces marines et analyser la richesse insoupçonnée des eaux côtières.
Mais pour étudier la mer, il faut aller sur l'eau. Et à cette époque, pas de moteurs diesel ni de vedettes rapides : la science s'organise avec les moyens du bord et le savoir-faire des marins locaux.
La Comatule (1894) : le canot de pêche devenu laboratoire flottant
Pour mener leurs campagnes de prélèvement dans la baie, les savants louent et arment une embarcation traditionnelle du Cotentin : la Comatule, un petit canot à misaine.
Des scientifiques du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris à la pêche au plancton dans la Baie de Saint-Vaast-la-Hougue
À son bord, pas de laboratoire feutré. On navigue à la voile et à l'aviron. Comme le montre une célèbre gravure publiée dans la revue La Nature en 1894, les chercheurs en chapeau melon traquent l'invisible aux côtés des marins en bonnet :
Le filet à plancton en soie : Confectionné dans une soie à bluterie très fine (habituellement réservée au tamisage de la farine !), ce filet cône traîné derrière le canot permet de concentrer les micro-organismes dans de petites fioles en verre.
Le coude à coude : Pêncher par-dessus le bordage pour récolter l'eau, trier les échantillons sous les spays salés et ramener au laboratoire vivant les merveilles de la baie.
C'est à bord de la Comatule que sont collectées de superbes collections de diatomées (ces micro-algues aux carapaces de silice étincelantes) et de dinoflagellés, qui nourrissent les planches scientifiques du laboratoire de Tatihou.
Le Tic-Tac prend le relais
Au début du XXᵉ siècle, la dynamique se poursuit sur l'île Tatihou. Le laboratoire maritime s'équipe du Tic-Tac, un voilier robuste qui devient l'embarcation officielle de la station scientifique.
Jour après jour, saison après saison, le Tic-Tac sillonne la baie de Saint-Vaast pour mesurer la température de l'eau, observer les blooms printaniers de phytoplancton et cartographier les larves de crustacés et de poissons. Ces observations quotidiennes constitueront les premières séries temporelles d'étude du plancton dans la Manche.
Du miroir du microscope aux données numériques : 140 ans d'évolution
Regarder l'histoire de la Comatule et du Tic-Tac, c'est mesurer l'incroyable bond technologique réalisé en un siècle :
Cette affiche est particulièrement intéressante pour faire le lien avec « Les voiliers pionniers de l’étude du plancton » : elle montre qu’à Tatihou, l’étude du plancton devient, au début du XXᵉ siècle, une véritable démarche scientifique organisée, avec des prélèvements réguliers en mer et l’intervention de spécialistes.
Faune et flore planctoniques : les premières études systématiques à Tatihou
À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, le laboratoire maritime de Tatihou, installé par le Muséum national d’Histoire naturelle, devient un important lieu d’étude de la vie marine de la baie de la Hougue. Le laboratoire s’intéresse notamment à la zoologie, aux migrations des poissons, aux algues microscopiques et surtout au plancton.
À partir de 1907, sous l’impulsion d’Edmond Perrier et de Raoul Anthony, une étude méthodique et systématique du plancton est mise en place. Les prélèvements sont réalisés régulièrement, tous les quinze jours, pendant une année complète, afin de suivre les variations saisonnières de la faune et de la flore planctoniques. Les chercheurs cherchent ainsi à établir à la fois des listes d’espèces et à mesurer les variations quantitatives du plancton au cours de l’année.
Ces récoltes sont effectuées en mer avec les embarcations du laboratoire. Le plancton est ensuite étudié par différents spécialistes : Louis Mangin se consacre notamment aux diatomées, tandis que Eugène Fauré-Fremiet étudie les protozoaires ciliés et les dinoflagellés. Les travaux réalisés à Tatihou permettent ainsi de décrire une biodiversité microscopique encore largement méconnue et de mieux comprendre sa succession au fil des saisons.
L’affiche rappelle également l’importance des illustrations scientifiques : dessins de dinoflagellés, photographies microscopiques de diatomées, cartes des stations de prélèvement et graphiques représentant la présence des différentes espèces au cours de l’année. La science du plancton repose alors sur l’observation au microscope, mais aussi sur la répétition des prélèvements et la comparaison des résultats dans le temps.
Cette démarche est remarquable car elle annonce les méthodes modernes de suivi à long terme du plancton. Plus d’un siècle plus tard, les scientifiques continuent à rechercher ces variations saisonnières et à suivre l’évolution des communautés planctoniques, aujourd’hui avec des instruments et des techniques beaucoup plus performants.
Ainsi, derrière les anciennes embarcations représentées sur les documents de Tatihou se trouve une véritable révolution scientifique : la mer devient un laboratoire à ciel ouvert et les voiliers et petites embarcations deviennent les premiers moyens de parcourir régulièrement la baie pour y récolter cette vie microscopique invisible à l’œil nu.
L’histoire racontée par cette affiche constitue donc un prolongement naturel de celle des « voiliers pionniers de l’étude du plancton » : après les grandes expéditions océanographiques du XIXᵉ siècle, comme celle du HMS Challenger, vient le temps des stations marines et des observations régulières, au plus près des côtes. Tatihou en est un remarquable exemple en Normandie.
Une même passion intacte : du XIXᵉ siècle à la science participative
Si les outils ont changé, la curiosité et l'émerveillement face au peuple de l'invisible restent exactement les mêmes.
De la Comatule en 1894 aux campagnes internationales de Tara Oceans, en passant par les initiatives de science participative menées aujourd'hui sous notre chapiteau avec Plankton Planet, le fil n'a jamais été rompu. Chaque citoyen, chaque curieux qui regarde aujourd'hui dans l'oculaire d'un microscope pose le même regard émerveillé que les chercheurs du Muséum il y a 140 ans.




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