Plancton sous les Voiles au Festival des Voiles de Travail
En savoir plus... Alain Bombard : L’Atlantique en solitaire et la « soupe » de plancton
En 1952, un jeune médecin français prend la mer sur un simple canot pneumatique sans eau ni vivres pour prouver qu’un naufragé peut survivre grâce aux ressources de l’océan. Retour sur une aventure humaine hors du commun et sur le rôle capital et méconnu qu'y a joué le plancton.
Le déclic : un drame humain à l'origine de l'épopée
Au printemps 1951, alors qu'il est jeune interne à l’hôpital de Boulogne-sur-Mer, Alain Bombard assiste impuissant à l’arrivée des corps de 43 marins d’un chalutier naufragé, morts d’épuisement et de déshydratation en seulement quelques heures.
Profondément marqué par ce drame, le Dr Bombard fait un constat fort : beaucoup de naufragés meurent non pas de défaillance physique immédiate, mais de panique et de désespoir. Il se fait alors une promesse audacieuse : prouver par l'exemple qu’il est possible de survivre en mer en exploitant intelligemment ce que l’océan offre.
L’expérimentation : 65 jours à bord de L'Hérétique
Le 19 octobre 1952, il s'élance depuis Las Palmas aux Canaries à bord d’un canot pneumatique Zodiac de 4,60 mètres baptisé L'Hérétique (un nom choisi en clin d'œil aux scientifiques de l'époque qui doutaient fortement de sa réussite).
Équipé d'une simple voile et sans aucune réserve d’eau douce ni ration alimentaire du commerce, il traverse l’Atlantique en solitaire. Après 65 jours et 4 000 km de mer, il atteint La Barbade le 22 décembre 1952, affaibli et amaigri de plus de 25 kg, mais bel et bien vivant.
« On finira bien par apprendre que la mer n’est pas seulement un désert mais aussi un garde-manger. » Alain Bombard
Le plancton : la ressource vitale anti-scorbut
Comment survivre au milieu de l'immensité saline ? Pour s'abreuver, Bombard extrait le liquide tissulaire des poissons qu'il pêche grâce à un presse-ail et consomme de très petites quantités d’eau de mer ou d'eau de pluie.
Mais sur le plan de la nutrition, un ennemi guette tout navigateur privé de fruits et légumes frais : le scorbut, causé par une carence sévère en vitamine C. C'est ici que le plancton entre en scène de manière spectaculaire :
La récolte au filet : Comme illustré sur l'affiche, Bombard traîne chaque jour un petit filet à plancton à l'arrière du pneumatique.
Un concentré de vitamines : En récoltant cette gelée d'organismes microscopiques (copépodes, larves de crabes, euphausiacés/krill, foraminifères), il consomme une nourriture crue d'une valeur nutritive exceptionnelle. Le plancton lui apporte non seulement des protéines, mais surtout la vitamine C indispensable pour éviter le scorbut durant plus de deux mois de mer.
💡 L'anecdote culinaire : Quel goût a le plancton ?
Dans son journal de bord, Alain Bombard décrivait la saveur de sa récolte quotidienne comme un mélange surprenant de « pâte d'anchois », de « crevettes broyées » et parfois de « homard ». Il qualifiait cette gelée vivante de véritable « médicament de la mer ».
L'héritage d'un pionnier de la sécurité en mer
Bien que son expérience ait suscité de vives controverses médicales et scientifiques (notamment quant à la tolérance de l'organisme à l'eau de mer), le sacrifice et l'ingéniosité d'Alain Bombard ont bouleversé la sécurité maritime.
Son aventure a directement inspiré :
L'obligation d'installer des radeaux de survie autogonflables à bord des navires (souvent appelés « Bombards » par les marins).
L'intégration systématique de kits de pêche, de miroirs de signalisation et de rations de survie à bord des équipements de secours.
Pourquoi cette affiche dans notre exposition ?
L'aventure d'Alain Bombard illustre parfaitement le cœur de notre exposition Plancton sous les voiles : le plancton n'est pas seulement une poussière d'eau invisible à l'œil nu ou le premier maillon de la chaîne alimentaire marine. C'est un réservoir de vie extraordinaire, une source d'énergie et de nutriments qui a sauvé la vie d'un homme en pleine mer et continue d'alimenter la vie sur toute notre planète !


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