Plancton sous les Voiles au Festival des Voiles de Travail

Granville du 19 au 23 août 2026

Affiche "Alain Bombard" sous le chapiteau "Plancton sous les Voiles"


En savoir plus... Alain Bombard : L’Atlantique en solitaire et la « soupe » de plancton


En 1952, un jeune médecin français prend la mer sur un simple canot pneumatique sans eau ni vivres pour prouver qu’un naufragé peut survivre grâce aux ressources de l’océan. Retour sur une aventure humaine hors du commun et sur le rôle capital et méconnu qu'y a joué le plancton.


Le déclic : un drame humain à l'origine de l'épopée


Au printemps 1951, alors qu'il est jeune interne à l’hôpital de Boulogne-sur-Mer, Alain Bombard assiste impuissant à l’arrivée des corps de 43 marins d’un chalutier naufragé, morts d’épuisement et de déshydratation en seulement quelques heures.


Profondément marqué par ce drame, le Dr Bombard fait un constat fort : beaucoup de naufragés meurent non pas de défaillance physique immédiate, mais de panique et de désespoir. Il se fait alors une promesse audacieuse : prouver par l'exemple qu’il est possible de survivre en mer en exploitant intelligemment ce que l’océan offre.


L’expérimentation : 65 jours à bord de L'Hérétique

En réalité, l'aventure commence en août 1951, lorsque Bombard rencontre Jack Palmer, un marin et nageur britannique. Séduit par la folle idée du jeune médecin, Palmer accepte de devenir son coéquipier.

Le 25 mai 1952, ils appareillent ensemble de Monaco à bord de L'Hérétique pour tester le bateau et les techniques de survie à travers la Méditerranée. Mais après 18 jours de mer éprouvants jusqu'aux Baléares puis Tanger, épuisé par le régime extrême, les privations et réticent à l'idée d'absorber de l'eau salée, Jack Palmer décide de jeter l'éponge. C'est ainsi qu'Alain Bombard repart seul de Tanger puis des Canaries pour la grande traversée atlantique.


Alain Bombard sur son Zodiac dans le port de Tanger, en juillet 1952, avec le marin Jack Palmer. © Crédit photo : Archives AFP


Le grand départ en octobre 1952


Le 19 octobre 1952, il s'élance depuis Las Palmas aux Canaries à bord d’un canot pneumatique Zodiac baptisé L'Hérétique (un nom choisi en clin d'œil aux scientifiques de l'époque qui doutaient fortement de sa réussite).

« On finira bien par apprendre que la mer n’est pas seulement un désert mais aussi un garde-manger. »    Alain Bombard

L’équipement de bord : le strict minimum du « naufragé »

À bord de L'Hérétique — un simple canot pneumatique de 4,60 m de long sur 1,90 m de large, constitué de deux boudins en caoutchouc surmontés d'une petite voile d'environ 3 m² —, le matériel embarqué est réduit à sa plus simple expression :

  • Navigation et instruments : Un sextant, une boussole, quelques cartes marines, des livres et des carnets de bord pour consigner ses observations quotidiennes.

  • Outillage de survie : Un jeu de lignes et d'hameçons, un harpon artisanal pour les gros poissons (comme les dorades coryphènes), un filet à plancton en toile fine, un presse-ail en fonte (utilisé pour écraser la chair des poissons et en extraire le « jus musculaire »).

  • Les scellés d'huissier : Pour garantir la rigueur scientifique de son expérience face aux sceptiques, des rations alimentaires de secours et des réceptacles d'eau douce avaient été placés à bord sous scellés officiels d'un huissier de justice. Seul en mer face au désespoir et à la faim, Bombard s'interdit formellement d'y toucher sous peine d'invalider toute son expérimentation. Il repoussera la tentation jusqu'au bout, bouclant ses 65 jours de traversée sans jamais briser les scellés !

Le plancton : la ressource vitale anti-scorbut

Comment survivre au milieu de l'immensité saline ?


Pour s'abreuver, Bombard extrait le liquide tissulaire des poissons qu'il pêche grâce à un presse-ail et consomme de très petites quantités d’eau de mer ou d'eau de pluie.


Mais sur le plan de la nutrition, un ennemi guette tout navigateur privé de fruits et légumes frais : le scorbut, causé par une carence sévère en vitamine C. C'est ici que le plancton entre en scène de manière spectaculaire :


  1. La récolte au filet : Comme illustré sur l'affiche, Bombard traîne chaque jour un petit filet à plancton à l'arrière du pneumatique.


  1. Un concentré de vitamines : En récoltant cette gelée d'organismes microscopiques (copépodes, larves de crabes, euphausiacés/krill, foraminifères), il consomme une nourriture crue d'une valeur nutritive exceptionnelle. Le plancton lui apporte non seulement des protéines, mais surtout la vitamine C indispensable pour éviter le scorbut durant plus de deux mois de mer.


💡 L'anecdote culinaire : Quel goût a le plancton ?

Dans son journal de bord, Alain Bombard décrivait la saveur de sa récolte quotidienne comme un mélange surprenant de « pâte d'anchois », de « crevettes broyées » et parfois de « homard ». Il qualifiait cette gelée vivante de véritable « médicament de la mer ».


L'héritage d'un pionnier de la sécurité en mer


Bien que son expérience ait suscité de vives controverses médicales et scientifiques (notamment quant à la tolérance de l'organisme à l'eau de mer), le sacrifice et l'ingéniosité d'Alain Bombard ont bouleversé la sécurité maritime.


Son aventure a directement inspiré :


  • L'obligation d'installer des radeaux de survie autogonflables à bord des navires (souvent appelés « Bombards » par les marins).


  • L'intégration systématique de kits de pêche, de miroirs de signalisation et de rations de survie à bord des équipements de secours.


Pourquoi cette affiche dans mon exposition ?


L'aventure d'Alain Bombard illustre parfaitement le cœur de mon exposition Plancton sous les voiles : le plancton n'est pas seulement une poussière d'eau invisible à l'œil nu ou le premier maillon de la chaîne alimentaire marine. C'est un réservoir de vie extraordinaire, une source d'énergie et de nutriments qui a sauvé la vie d'un homme en pleine mer et continue d'alimenter la vie sur toute notre planète !




Liens utiles :

. Un article Wikipedia : 
🔗 https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Bombard

. Son livre "Naufragé volontaire" : 
🔗 Editions Artaud


  Sensibiliser pour préserver...

On se lasse de tout, sauf d’apprendre...



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